Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 10:14

Grève le 20 novembre dans l’éducation
Début d’un vaste mouvement de fond pour l’Ecole !


La loi Fillon n’en finit pas de se décliner, sous le règne de Sarkozy, à raison d’une quantité d’attaques à tous niveaux. Après une série de coups bas et de restriction budgétaire l’an passé, la destruction de l’école publique se poursuit. 11200 suppressions de postes en 2008, 13500 en 2009

Cette saignée ne s'arrêtera pas là puisque 80 000 emplois devrait être supprimés sur la période 2009-2012 justifierait à elle seule toutes les mobilisations. Mais Darcos ne s’en tient pas là, il entend modifier en profondeur le système éducatif, car réduire l’emploi public est certes un objectif en soi, mais il n’est pas le seul, ni même le premier. L’enjeu et la cohérence des réformes est bien de bâtir l’école qui correspond à leur projet de société : inégalitaire, excluante, oppressive, répressive. Une école conçue pour soumettre les enfants des catégories populaires, en aucun cas pour participer de leur émancipation individuelle et sociale.

Pour ce faire, Darcos s’attaque à tous les niveaux de l’enseignement, en toute logique, en toute cohérence.
Dans le supérieur, la LRU s’applique désormais, et l’autonomie des universités est le vecteur qui permettra de créer toujours davantage d’inégalités, en terme de qualité, et aussi d’offre de formation, d’une université à l’autre.


Dans le secondaire, les lycées connaissent une zone de turbulences sans précédent.


Cela a commencé par les LP qui, à la rentrée 2008, ont vu les BEP supprimés en nombre ; les Bac Pro 3 ans se sont imposés à de nombreux endroits, tout cela en hâte, et dans le plus grand désordre : pas de programmes pour ces nouveaux bac pro, pas de cadrage national, pas même de décret d’application ! La méthode est ici révélatrice des finalités : réduire l’offre de formation professionnelle initiale, et éjecter les élèves les plus en difficulté qui avaient besoin d’un passage par le BEP, et pour lesquels il ne reste rien, sinon l’apprentissage.

Même schéma pour le lycée général et technologique et ce dès la rentrée 2009 : Darcos prévoit une refonte complète  des enseignements aussi bien au niveau des horaires, de l’organisation que du contenu. Dans ce nouveau lycée, les enseignements seraient dispensés par semestre, et sous forme de modules. Les redoublements seraient supprimés (trop chers !) et afin de favoriser l’autonomie, l’élève aurait donc à choisir son « parcours » de réussite. Il est clair que les élèves les mieux renseignés seront les plus autonomes  et que les parcours de réussite ne seront accessibles qu’aux initiés. Darcos parle de « démocratisation » du lycée, mais il supprime des heures d’enseignement, toute possibilité de dédoublement, des disciplines entières, met en péril la qualité du Bac en tant que diplôme national et anonyme. C’est au contraire un lycée de la sélection qui verra le jour. Quant aux personnels, les annonces alimentent les inquiétudes les plus grandes : quelle organisation des services avec la semestrialisation des enseignements ?  Quels postes supprimés avec la réduction des horaires disciplinaires ? Quels personnels pour l’accompagnement (3 heures / semaine) ? Cette contre réforme est donc, à plus d’un titre, inacceptable.

Au collège, les conditions d’enseignement ne cessent de se dégrader : multiplication des postes à compléments de service, nombre d’HS imposées, et cette année, accompagnement éducatif généralisé à tous les établissements. Les moyens, et le sens même de l’école, sont « détournés »vers le péri-scolaire. Le travail dans la classe  est dégradé, les « activités »  après la classe sont développées. Les enseignants sont vivement incités à y participer, en plus de leur travail : il leur faut toujours « travailler plus » et qui plus est, accepter des tâches qui dénaturent les missions. C’est insupportable.


Bilans des attaques dans le primaire


Au primaire, les attaques contre la scolarisation des 2 ans, l'alourdissement et la réduction des programmes, le renvoi hors temps scolaire obligatoire de la prise en charge de la difficulté scolaire, l'annonce programmée de la disparition des RASED tout concourt à ce que les inégalités et la difficulté scolaire s'accroissent. Avec la création des EPEP et d'un statut hiérarchique du directeur d'école c'est un projet de capolarisation de la profession mais aussi de mise en concurrence et de pilotage par les résultats des établissements qui s'affirme. Enfin, les attaques contre le droit de grève (SMA) et le droit syndical complètent ce sinistre tableau.
Pour achever la destruction de l’édifice, Darcos s’attaque au recrutement : en effet, en « asséchant le vivier », il signe la fin du statut, de la formation, du métier. Darcos, avec la masterisation,  met en place le recrutement à Bac +5 : il allonge la durée d’études sans pour autant garantir une quelconque revalorisation pour les néo titulaires, et il supprime la formation professionnelle au profit d’un simple « compagnonnage ». Concrètement cela revient à obliger les étudiants à se professionnaliser à leurs frais avant le concours au lieu de l’être en tant que stagiaires rémunérés après, en les dotant au passage d’un master qui ne leur servira à rien, en cas d’échec. Et pour le ministère ce sera là un vivier de précaires labellisés « bon pour le service » car tout aussi (peu) formés que leurs collègues lauréats ; vivier d’autant plus conséquent que les places au concours seront dérisoires.

Au total


Les attaques contre le système éducatif sont sériées, ciblées sur chaque secteur, méthodiquement. Elles visent ainsi à « diviser pour mieux régner », et la politique des primes illustre à merveille le dicton : Darcos « donne » 500€ au prof qui accepte 3HS/année dans le secondaire, et 400€ à celui qui fait passer les évaluations dans le primaire…

Malgré l’apparente division, la politique mise en oeuvre est globale : les personnels saisissent à présent la cohérence des attaques, et c’est la raison pour laquelle ils se sont mobilisés, tous ensemble, lors de la manif du 19 octobre, à Paris.

Jeudi 20 novembre, c’est encore une fois tous ensemble, 1er et 2nd degrés, supérieur, personnels, lycéens et étudiants, dans l’unité syndicale, que nous sommes en grève pour défendre le service public d’éducation, ses missions, et le statut de ses personnels.

Déterminés, notre mobilisation ne doit pas s’arrêter là : ce gouvernement entend faire plier les salariés en détruisant leurs droits, leur statut. Il entend supprimer des emplois pour réduire la dépense publique : or, la société a besoin d’une école de qualité, avec des personnels formés, en nombre suffisant. Il veut détruire le système éducatif et rompre avec la démocratisation de l’enseignement : cette vision régressive est inacceptable !

Nous ne laisserons pas faire, il faut poursuivre et continuer le combat !


Les attaques ne sont pas réservées, malheureusement, à l’éducation : la société connaît des régressions de tous ordres. Les mouvements sociaux sont nombreux en ce moment, et même s’ils n’existent pour l’instant que secteur par secteur, le climat n’en est pas moins à la révolte.
La mobilisation contre le fichier Edvige, celle contre la privatisation de la Poste ont ouvert la voie des mobilisations citoyennes : elles ont permis de réunir des salariés, mais aussi et surtout des acteurs de la société civile, dans l’unité la plus complète, et elles ont déjà fait reculer le gouvernement ! C’est donc tous ensemble qu’il faut se battre !

Dans l’éducation, les personnels doivent rester mobilisés, et c’est aussi l’opinion publique qu’il faut gagner : aux côtés des parents, avec les lycéens et les jeunes, les actions doivent se poursuivre. Dès le 20 novembre, en AG, il faut débattre avec les grévistes et envisager les suites à cette journée de grève.
Dès la semaine suivante, il faut reconduire l’action en associant au maximum les parents d’élèves. Comme en Italie, où la grève générale dans l’éducation a mis 2,5 millions de personnes dans la rue, nous devons nous inscrire dans la durée, mettre en place des actions à destination de l’opinion publique,  organiser des occupations d’écoles et des manifestations avec les parents.
Pour organiser cette résistance, une nouvelle journée de grève est nécessaire : reconduisons la grève dans nos AG en votant une nouvelle journée de grève dès la semaine suivante, le mardi 25 novembre !

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L’Ecole Emancipée est une tendance qui a fait le choix de construire la FSU où le droit de tendance est reconnu. Les militant-es de l’EE sont investi-es à tous les niveaux dans la fédération où ils-elles défendent un syndicalisme de transformation sociale appuyé sur les luttes.

Contact : equiperesponsable@gmail.com
Site : http://www.ecoleemancipee.org
Sur Poitiers : http://ee86.over-blog.com
Par Ecole Emancipée 86 - Publié dans : action
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