Partager l'article ! Ca du SNES de Poitiers du 6 juin 2009 - Motion présentée par la tendance Ecole Emancipée: Une question se pose cruellement en cette ...
Une question se pose cruellement en cette fin d'année. Comment est-il possible de se retrouver dans une telle situation de faiblesse du rapport de force syndical face au pouvoir et au patronat, alors que nous avons vécu ce à quoi nous aspirions depuis des lustres : une convergence très massive, public-privé, sur une plate forme revendicative ambitieuse ?
Comment est-il possible que les « réformes » avancent inexorablement (cf. par exemple le 2° rapport sur la RGPP) alors que le pouvoir est largement délégitimé (qu'on se rappelle l'ambiance des premiers mois du régime Sarkozy et sa phrase sur les grèves qu'on ne voit plus), alors que la crise ne fait que s'accentuer avec son cortège de chômeurs et chômeuses (3000 chômeurs en plus par jour en ce moment) et alors que le scandale des milliards distribués aux riches a éclaté ? Ce texte a été écrit avant les dernières élections et ne peut donc logiquement en tirer les leçons.
Comment le gouvernement et le patronat peuvent-ils rester droits dans leurs bottes malgré les journées exceptionnelles du 29 janvier et du 19 mars, malgré un mouvement national à l'université, des actions radicales dans de nombreuses entreprises privés et une grève générale victorieuse en Guadeloupe ?
Les raisons de cette impasse de fin d'année
Une des explications principales passe par le constat largement partagé qu'il n'y a pas d'alternative politique au pouvoir actuel. Cela pèse sur les syndicats dont une bonne partie ne veut pas risquer la confrontation avec le pouvoir tant qu'une solution de remplacement n'est pas prête. La droite le sait, en use et en abuse. Cela s'est traduit par les journées de grève ou d'action saute-moutons (tous les deux mois et juste avant des vacances). Cela explique l'absence de suites à un cran plus élevé au 19 mars. Cette suite pouvait passer par des appels à reconductions significatives dans certains secteurs, ou d'appel à coordination de secteurs importants du privé (automobile par exemple), avec en perspective à tout cela un appel explicite à une « grève générale ». Ce terme recouvre une réalité de mobilisation pas très différente des deux journées précédentes si ce n'est - c'est essentiel – qu'il pose la question de la légitimité du pouvoir. A la place de cela, le 26 mai a laissé les salariés et les interpros locales orphelines, se débrouiller seul-es dans leur coin. Les SD Fsu du 86 et du 79 ont appelé à la grève en interprofessionnel malgré la difficulté prévue. Pourtant, la multitude de mobilisations dans les entreprises qui ferment et licencient mériteraient que les confédérations unifient et les fassent converger dans un mouvement national plus fort.
Au contraire les signes envoyés par B. Thibaud le 18 mars indiquait dans Le Monde que la suite du 19 serait la manifestation du 1er mai. Ce furent par la suite les critiques de Chérèque contre l'extrême gauche (ennemi fantasmatique du moment) ou la prise de distance nette avec l'expérience du LKP en Guadeloupe, déclarée urbi et orbi non transposable (n'y avait-il pas donc rien dont on pouvait s'inspirer comme le début d'initiative dans le Nord-Pas-de-Calais ?). Ce furent de nouvelles déclarations de Thibaud sur le cloisonnement entre le champ syndical et le champ politique comme si le syndicalisme devait ne s'occuper que de la rue et de la pression tandis que les partis ne devaient que gérer les institutions. Le mouvement syndical, au nom d’une certaine indépendance vis à vis des partis politiques, se refuse alors à gagner car il refuse de placer le problème sur le terrain politique (la légitimité de Sarkozy) parce que la solution politique partidaire alternative n'est pas prête. Il ne s'agit pas ici de nier la spécificité des partis, des syndicats ou du champ institutionnel mais de voir qu'il n'y avait pas d'autre choix que de faire bouger les lignes pour que le mouvement syndical et les salariés gagnent enfin des choses significatives (sur les salaires ou les postes) retrouvent l'espoir et fasse barrage à la misère grandissante.
Pour avoir refusé de prendre en compte cet aspect des choses, le SNES et la FSU n'ont pas su combiner la mobilisation unitaire avec la mobilisation dans leur secteur (surtout EN mais aussi la FP. Il n'y eu même aucune journée commune de grève avec les lycéens ou avec l'enseignement supérieur et les étudiants. L'unité interpro fut bien une force propulsive, mais en même temps nous nous sommes retrouvés à la traîne des syndicats les plus mous et les moins prompts à mobiliser.
Un nouveau cours syndical bien inquiétant
Une tentation existe, y compris dans nos rangs, de penser que le syndicalisme ne peut pas gagner sur le fond contre le pouvoir en place, et ne prend donc en compte
que les marges fixées par le pouvoir pour négocier quelques avancées à l'intérieur même des marges fixées.
L'attitude de la direction du SNES sur le lycée nous faisait penser qu'une partie du S4 était sur cette ligne. Il y a eu tout d'abord en mai 2008 la signature d'un
protocole de discussion préalable (les «points de convergence sur les objectifs et les principes directeurs») en échange d'un contingent de hors classe un peu supérieur. Il y a eu aussi cette
persistance en décembre 2008 à ne pas dire ouvertement que nous demandions le « retrait » de la réforme du lycée alors que nous la dénoncions. Ensuite est venu ce blocage de la
direction du SNES au sujet de la réforme gouvernementale des IUFM dite de la masterisation. Alors que c'était un sujet essentiel de mobilisation à l’université, que le premier degré s'y opposait,
et que le projet va se retourner contre nous, la direction du SNES n'a pas mobilisé contre cette réforme et pour ce qui aurait ouvert la possibilité de construire une convergence dans le secteur
éducatif, de la maternelle à l'université.
Dernier épisode inquiétant qui confirme nos craintes. La délégation FSU au CTPM (comité technique paritaire ministériel), au sujet du secondaire et du concours de recrutement. En s'abstenant, les représentants du SNES-FSU ont refusé de condamner cette réforme de Darcos. En effet, les délégué(e)s émanant du SNES au CTPM ont imposé un point de vue strictement SNES, sans construction de mandat fédéral commun, notamment avec les autres SN concernés (snesup). On se retrouve ainsi avec un vote FSU laissant entendre que la réforme dite de masterisation, si elle peut être améliorée, est de toute façon acceptable et ses éléments les plus dangereux seraient retirés (cf. communiqué de presse du SNES sur l'aspect régionalisation du mouvement)
La raison qui justifierait tout cela serait la revalorisation. Or, la masterisation du recrutement n'implique aucunement une revalorisation automatique statutaire et, même en cas de revalorisation des néo-recruté(e)s, cette augmentation ne s'appliquerait pas à tou(te)s car la politique d'individualisation des salaires est en marche, individualisation qui remettrait même en cause cette première « revalo » partiel. Par contre, les inconvénients de la réforme, eux, resteraient : disparition de l'année de stage, création d'un volant de précaires, annuités en moins, sélection sociale par l'allongement des études, etc.
Une tentation de repli syndical illusoire
Négocier à l'intérieur des marges, c'est ce qu'avait théorisé et appliqué la CFDT depuis son « recentrage » des années 1980-90. On peut dire que cela lui a réussi pendant un certain temps en termes d'adhérent(e)s et de pouvoir. Cette option semble aujourd'hui commencer à s'user auprès des salarié(e)s si l’on en croit les résultats aux élections professionnelles, ou leur nombre d'adhérent(e)s). Mais surtout le bilan à tirer en termes de mieux vivre des salarié(e)s, des chômeurs et chômeuses est plutôt catastrophique.
D'autre part, l'époque a changé. Les marges laissées par le pouvoir frisent ouvertement et de façon provocante le néant. Toutes les déclarations de l'UMP convergent : la crise s'aggrave et il est d'urgent de poursuivre à marche forcée... la politique qui a provoqué la crise. C'est le rôle des provocations de la droite à la veille de chaque mobilisation (travail du dimanche ou pendant les congés maladie et maternité, 34000 suppressions de postes dans la FP pour 2010).
Pour avoir une idée des marges laissées par le pouvoir, il suffit de se pencher sur le rôle et les enjeux des commissions paritaires. Dernier épisode en date, la publication du projet de mouvement intra avant la FPMA. Il s'agit-là non pas d'une erreur (le côté contre-productif de cette publication a déjà été prouvé lors du mouvement inter). Le seul et unique but poursuivit est d'affaiblir le syndicalisme en général et notre syndicat majoritaire en particulier. Que serait le SNES (le nombre de ses adhérent(e)s, ses capacités d'intervention notamment dans les établissements) le jour où ses interventions pour la carrière des collègues seraient rendues négligeables ? Nous entrons dans une période transitoire vers un nouveau modèle de régulation sociale, de représentativité des syndicats, qui doit nous interpeller d'ores et déjà.
L'expérience que vient de vivre le Snesup en matière de négociation avec un tel gouvernement doit aussi nous servir de leçon, le Snesup qui annonce un jour des avancées et se voit désavoué le lendemain par Darcos...
Enfin, cette attitude d'une partie du SNES vis à vis de la FSU repose sur une pratique ancienne et ancrée héritée de la lutte en son temps du SNES contre la FEN, peut-être sur l'illusion que le SNES pourrait être à la base d'une fédération des enseignants (et même pas de l'Education) au sein de la CGT, sans chercher à voir les contradictions au sein de la CGT. Enfin, elle fait croire que, puisque les luttes globalisantes actuelles échouent il vaut mieux se battre sur de plus petites revendications pour gagner au moins quelque chose. L'étude même superficielle des déclarations fermes de M. Woerth nous laisse penser que la solution ne peut pas passer par là.
Réagir maintenant et à la rentrée
D'abord par nos actions en cette fin d'année. Sur le sujet du mouvement intra, le S3 a décidé de faire de la pédagogie et informe sur les méfaits réels, prouvés, expérimentés de cette méthode purement idéologique de gestion des carrières. Nous informons en particulier bien sûr les collègues qui demandent une mutation. Mais nous informons aussi les autres collègues sur les enjeux réels à savoir la fin du contrôle des représentant(e)s des salarié(e)s au profit d'une gestion opaque et discrétionnaire, pas seulement pour les mutations mais aussi pour tout le déroulement de carrière. Nous menons une campagne d'explication sur la cohérence globale avec la mise en place programmée du salaire au mérite, l'autonomie des établissements, et tout ce mouvement dans la société qui voit les espaces démocratiques se réduire (préfet de Région, grand chef de toutes les missions de Service public lestées de leur gestion ministérielles) et l'aspect strictement comptable le compléter (suppressions de postes comme seule boussole objective de la RGPP, de l'évolution des retraites, de la circulaire de rentrée).
Notre syndicat doit également être le lien entre les collègues. Nous faisons le bilan de « la reconquête de juin » (la reconquista contre qui ?) et le publions. Comment cela se passe concrètement dans les établissements ? Notre syndicat pose les problèmes, explique les motivations de l'Administration et propose des actions, pour prendre date ou mieux pour agir dès maintenant comme en témoigne l'action unitaire engagée par le S3 pour le bac STG
Quant au collège, il est le laboratoire des réformes et de l’idéologie sarkozienne : le ministère y met en place des nouveaux programmes qui s’appuient sur le socle commun et donc s’appauvrissent s’éloignant d’une ambition pour tous et de notre définition de la culture commune. Le gouvernement prend le prétexte d’un échec du collège actuel pour le réformer en profondeur. Les PPRE ou l’accompagnement éducatif porte le projet d’un collège où l’élève doit affronter seul sa difficulté sans être soutenu par la solidarité d’une classe. Le collège que Darcos veut créer, c’est le collège d’une société qui n’accepte pas de résorber les inégalités qu’elle génère.
Le Snes doit de nouveau porter clairement dans ses revendications, et ce dès la rentrée, ces questions et permettre que dans chaque établissement elles puissent être débattues entre les collègues et les usagers.
A la rentrée nous devons en tirer les conséquences à savoir cultiver l'unité interprofessionnelle, rechercher les convergences EN et FP mais en même temps construire en complément, et non en opposition, un mouvement de la maternelle à l'université grâce à la FSU. C'est ce qui nous a manqué cette année. Espérons que l'absence de succès significatifs à l'université n'aura pas laissé ces collègues dans l'amertume.
Nous demandons au S4 de condamner la réforme Darcos de la masterisation. Cela doit se coupler avec une bataille à la rentrée pour les postes et les augmentations de salaire. Sur cette question le SNES doit participer dans la FSU à l'élaboration de revendications salariales et d'ouverture de postes. Des revendications existent déjà mais des revendications ne peuvent être efficaces que si elles sont portées par des mobilisations. Or la visibilité de revendications communes, permettant des convergences, que chaque salarié pourrait comprendre et reprendre, n'est pas là. C'est pourquoi nous pensons que la revendication d’une augmentation pour tous de 50 points d’indice pourrait unifier.